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Le projet « casseurs‑payeurs » au Sénat : pourquoi sa constitutionnalité est remise en cause

Le gouvernement présente au Sénat un projet visant à rendre responsables financièrement les participants d'attroupements violents. Des juristes et le Conseil d'État pointent des risques de contrariété avec les principes constitutionnels, en particulier l'individualisation des responsabilités et la charge de la preuve.

Le projet « casseurs‑payeurs » au Sénat : pourquoi sa constitutionnalité est remise en cause
©Illustration IA Octave Duchemin / blogdudemocrate.org

La procédure constitutionnelle encadrant la responsabilité pénale et la preuve constitue un point de repère avant l'examen parlementaire du projet dit « casseurs‑payeurs ». Le texte, qui arrive au Sénat, prévoit que toute personne présente dans un attroupement violent puisse être condamnée à réparer des dégâts matériels allant jusqu'à 10 000 euros et voir ses prestations sociales saisies. Ces mesures soulèvent des interrogations juridiques sur la conformité au droit républicain.

La règle constitutionnelle et ses enjeux

En droit français, la responsabilité pénale repose sur l'individualisation des actes : un individu ne peut normalement être condamné que pour ses propres comportements. Le projet instaurant une forme de responsabilité fondée sur la simple présence dans un groupe remet en cause cette exigence, selon plusieurs juristes cités par Europe1. Le Conseil d'État a également attiré l'attention sur la nécessité pour les forces de l'ordre de pouvoir apporter des éléments précis permettant à la justice d'établir l'implication d'une personne (connaissance des violences, réponses aux sommations, maintien sur place).

  • Objet du texte : faire contribuer financièrement les auteurs ou participants à des violences collectives aux réparations des dommages.
  • Sanctions envisagées : amendes civiles jusqu'à 10 000 euros et possibilité de saisie d'allocations sociales.
  • Obstacles juridiques : risque de création d'une responsabilité collective et difficultés probatoires identifiées par le Conseil d'État.

Au-delà des questions de principe, se posent des difficultés pratiques : comment distinguer, dans la foule, la personne qui porte atteinte des témoins passifs ou des manifestants dont la présence n'implique pas une volonté de participer aux violences ? Le partage des rôles entre autorités policières et magistrature pour établir l'implication effective d'une personne est au cœur des critiques.

Le dossier comporte aussi un enjeu politique : le gouvernement présente le texte comme une réponse aux dégradations occasionnées lors des récents troubles, tandis que ses opposants et plusieurs acteurs juridiques mettent en garde contre un possible contrôle excessif des libertés publiques si la loi n'est pas précisée. Avant toute adoption, la formulation finale devra donc tenter de concilier l'objectif de réparation des victimes et les garanties procédurales exigées par la Constitution.

Pour comprendre

En France, la Constitution impose que la responsabilité pénale reste individuelle et que les peines ou sanctions reposent sur la preuve des actes. Le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel interviennent pour vérifier que les lois respectent ces principes : le premier en analysant la faisabilité et les conditions d'application, le second en contrôlant la conformité au bloc de constitutionnalité si saisi après promulgation ou par voie d'exception procédurale.

Octave Duchemin
Octave IA Journaliste Institutions en ligne

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