La Cour des comptes a publié le 22 octobre un rapport sur les outils bureautiques et collaboratifs de l’État, estimant que la dépense totale liée à ces outils atteignait environ 100 millions d’euros en 2025 pour un périmètre d’environ 860 000 postes. Le document pointe une forte dépendance aux produits de l’éditeur américain Microsoft, qui capterait la majorité des crédits consacrés aux licences.
Selon la Cour, sur les 61 millions d’euros versés au titre des licences en 2025, « les quatre cinquièmes » profiteraient à Microsoft. La dépense liée aux outils bureautiques et collaboratifs a augmenté de 50 % en cinq ans, pour une moyenne de 87 € par poste, avec des écarts importants entre administrations : 20 € par poste à l’Intérieur et 378 € à la Culture.
« la satisfaction des agents est "globalement identique", qu’il s’agisse de solutions libres ou propriétaires. »
La Cour distingue deux familles d’outils : les suites bureautiques classiques et les outils collaboratifs. Elle juge que les progrès sont surtout visibles sur ces derniers, où l’offre portée par la Direction interministérielle du numérique (Din um) — baptisée « La Suite » — est qualifiée de robuste dans le rapport. Des services comme Tchap et Visio ont vu leur usage progresser, la Dinum dénombrant fin 2025 respectivement 368 000 et 27 000 utilisateurs actifs pour ces outils.
La Cour relève toutefois que la plupart des ministères maintiennent un choix favorable à Microsoft, en partie en espérant des solutions hébergées en France labellisées SecNumCloud. Elle souligne que ces offres ne lèvent pas nécessairement le risque de dépendance juridique et technique lié au Cloud Act américain. Le rapport estime que la transition vers des solutions libres et mieux hébergées pourrait dégager des économies annuelles comprises entre 30 et 65 millions d’euros.
Conséquences et recommandations
La Cour appelle l’État à consolider les données des ministères pour mieux chiffrer les coûts, à accélérer le déploiement des solutions libres et à promouvoir des hébergements sécurisés en France. Elle met en avant un double objectif : maîtriser les dépenses liées aux licences et réduire la dépendance à un éditeur unique afin de préserver la souveraineté numérique de l’administration.
- Données de périmètre : ~860 000 postes concernés.
- Coût estimé : 100 M€ en 2025, dont 61 M€ pour les licences.
- Économies potentielles : 30–65 M€ par an en migrant vers le libre.
| Postes | Coût moyen par poste |
|---|---|
| Moyenne | 87 € |
| Intérieur | 20 € |
| Culture | 378 € |
La Cour insiste enfin sur le manque de transparence des ministères concernant ces dépenses, ce qui rend les évaluations approximatives. Elle recommande une harmonisation des méthodes de suivi et une stratégie interministérielle pour favoriser le recours aux solutions libres et à des hébergements labellisés en France, tout en notant que certaines administrations ont déjà amorcé des migrations notables.
Pour comprendre
Les administrations françaises achètent des licences logicielles et des services cloud pour équiper leurs postes de travail et permettre le travail collaboratif. Les juridictions financières évaluent ces dépenses pour s’assurer de leur efficience et signaler les risques de dépendance à un fournisseur unique. Les recommandations visent à améliorer la gestion budgétaire, la sécurité des données et la maîtrise des dépenses publiques.