La Cour des comptes a appelé mercredi l'État à diminuer sa dépendance à Microsoft en procédant, sur une période de trois à quatre ans, à une migration vers des logiciels bureautiques libres hébergés de manière souveraine ou chez des prestataires qualifiés SecNumCloud. Selon l'institution, cette voie constituerait « un gage d'indépendance des administrations publiques » et un système « économiquement plus vertueux ».
« un gage d'indépendance des administrations publiques » et un système « économiquement plus vertueux »
La Cour évalue l'écart de coût entre une suite libre hébergée souverainement et la version cloud de Microsoft 365. D'après ses estimations, la solution libre coûterait environ 100 euros par poste et par an, contre quelque 250 euros pour Microsoft 365, ce qui représenterait jusqu'à 130 millions d'euros d'économies annuelles potentielles par rapport à Microsoft 365.
L'institution rappelle que l'État a dépensé environ 100 millions d'euros en 2025 pour ses outils de bureautique et de travail collaboratif, hors opérateurs, hôpitaux et collectivités. Elle souligne néanmoins que ces dépenses sont intégrées dans un budget numérique de l'État chiffré à 5,5 milliards d'euros, dont une large part est consacrée aux licences : selon la Cour, les quatre cinquièmes de ces dépenses vont à Microsoft.
Risques et motivations
La Cour met en avant des motifs de souveraineté et de sécurité juridique. Elle indique que la qualification SecNumCloud, délivrée par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), garantit un niveau de sécurité ainsi qu'une protection contre l'application extraterritoriale de certaines lois, notamment le Cloud Act américain. Le rapport note que les risques liés à la dépendance aux technologies américaines se sont accentués sous la présidence de Donald Trump, citant des cas récents tels que la décision de Washington contraignant Anthropic à couper l'accès de certaines offres d'IA à des étrangers.
Conditions et calendrier préconisés
- Migration ciblée sur un horizon de trois à quatre ans.
- Adoption d'une suite bureautique libre comme norme dans les administrations à terme.
- Hébergement soit par l'État, soit chez un prestataire qualifié SecNumCloud.
La Cour souligne aussi que Microsoft a relevé la plupart de ses tarifs en juillet, en invoquant l'ajout de fonctions d'intelligence artificielle, ce qui alimente la montée des coûts des licences payées par l'État.
| Poste | Coût annuel estimé |
|---|---|
| Suite libre (hébergée souverainement) | 100 € |
| Microsoft 365 (cloud) | ~250 € |
La Cour propose que la suite libre devienne progressivement « la norme » au sein des administrations, estimant que cette stratégie combinerait réduction des dépenses et renforcement de l'indépendance des services publics vis‑à‑vis de fournisseurs étrangers. Le rapport met en lumière l'importance des choix d'hébergement et de qualification SecNumCloud pour assurer la sécurité et l'étanchéité juridique des données publiques.
Conséquences attendues
Un basculement généralisé impliquerait des investissements initiaux en migration, une montée en compétences des agents et des administrations, et la contractualisation avec des opérateurs disposant de la qualification SecNumCloud. À court terme, la Cour met en avant un potentiel d'économies récurrentes importantes sur les postes de travail, mais elle n'évalue pas dans le résumé fourni les coûts de transition détaillés ni l'impact sur l'ensemble des entités encore exclues du périmètre mentionné (opérateurs, hôpitaux, collectivités).
Pour comprendre
La Cour des comptes publie des rapports d'audit et des recommandations destinés au Parlement et au gouvernement ; ses préconisations ne lient pas l'exécutif mais orientent le débat public et les décisions budgétaires. La qualification SecNumCloud est un label français délivré pour qualifier des services cloud répondant à des exigences de sécurité élevées.