Le gouvernement demande à TotalEnergies de traduire dans ses prix à la pompe l’avantage procuré par la libération de stocks stratégiques de carburants. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a appelé le groupe pétrolier à prolonger son dispositif de plafonnement « autant que nécessaire », alors que TotalEnergies venait d’annoncer un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre.
« On demande à Total d’être exemplaire. On demande à Total de répercuter, encore une fois, à la baisse, l’avantage de la libération des barils, de poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure », a déclaré Maud Bregeon.
Cette demande intervient dans un contexte de hausse des prix des carburants attribuée, dans l’article de Corse Matin, à l’aggravation des tensions géopolitiques. Pour limiter l’effet de cette hausse sur les consommateurs, l’État puise dans ses réserves stratégiques. Ces stocks avaient été acquis avant la guerre au Moyen-Orient au prix de 0,28 euro par litre, contre environ 1,10 euro pour le prix actuel du marché, selon Matignon.
Une baisse annoncée, mais des estimations différentes
Sébastien Lecornu avait indiqué à la mi-octobre que le déstockage devait permettre une diminution du prix du gazole à compter du 1er novembre. La baisse attendue par les consommateurs était alors évaluée par Matignon entre 12 et 18 centimes par litre. Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, a de son côté estimé que la réduction répercutée par son groupe se situerait plutôt entre 8 et 12 centimes.
| Élément | Montant ou échéance |
|---|---|
| Prix d’achat des stocks stratégiques | 0,28 €/litre |
| Prix de marché mentionné par Matignon | Environ 1,10 €/litre |
| Baisse annoncée par Matignon | 12 à 18 centimes |
| Estimation de TotalEnergies | 8 à 12 centimes |
TotalEnergies a également annoncé le maintien d’un plafond fixé à 2,25 euros le litre de gazole pour les particuliers. Les chiffres avancés par le gouvernement et par l’entreprise ne recouvrent donc pas la même estimation de l’effet du dispositif. La demande adressée au groupe porte sur la prise en compte de l’avantage lié aux réserves publiques, tandis que la mise en œuvre concrète dépend des modalités de répercussion retenues dans les stations-service.
Des propositions politiques sur les bénéfices et les marges
Les résultats du groupe ont également suscité des réactions politiques. Marine Le Pen, cheffe de file des députés RN et candidate à l’élection présidentielle, a parlé d’un « grave désordre économique et fiscal » et demandé que soient imposés les surprofits qu’elle relie aux conséquences des crises. Elle a aussi dénoncé, sur X, une « économie à deux vitesses ».
Le Parti socialiste a, de son côté, proposé d’encadrer les marges des entreprises de raffinage afin de faire baisser le prix payé à la pompe de 20 à 30 centimes par litre. Ces prises de position ne constituent pas, dans les éléments rapportés, de nouvelles mesures adoptées par le gouvernement. Elles illustrent le débat sur le partage entre les consommateurs, l’État et les entreprises des effets d’une intervention sur les stocks stratégiques.
Pour comprendre
Les stocks stratégiques sont des réserves publiques destinées à contribuer à la continuité de l’approvisionnement lorsque le marché connaît une tension. Leur libération relève de l’action de l’État, mais elle ne fixe pas automatiquement le prix de vente dans chaque station-service. Le gouvernement peut demander aux distributeurs de répercuter cette baisse de coût, tandis que les entreprises déterminent leurs tarifs dans le cadre applicable à leur activité.