Les autorités égyptiennes ont ordonné un procès à l'encontre de Lina Attalah, rédactrice en chef du site d'information indépendant Mada Masr, pour « exploitation d'un site internet sans licence », a annoncé le journal en ligne.
Selon Mada Masr, Lina Attalah a été interrogée pendant six heures mercredi par les procureurs de la sûreté de l'État, a indiqué son avocat Mokhtar Mounir. Les interrogatoires ont porté, selon la défense, sur l'absence de licence du média — dont la demande serait en attente de réponse depuis 2023 — et sur un reportage de Mada Masr relatif à des actions de protestation dans les prisons. Après ces auditions, elle a été remise en liberté sous caution. La première audience du procès est prévue mardi, a précisé la défense.
Il s'agit, d'après le journal en ligne, de la sixième affaire engagée contre Lina Attalah et Mada Masr au cours des six dernières années, des poursuites qui ont notamment visé la diffusion de fausses informations. Le contexte plus large évoqué par des observateurs et des organisations de défense des droits de l'homme fait état d'une pression accrue sur les médias indépendants dans le pays.
« Ces poursuites sans précédent à l'encontre du principal organe de presse indépendant d'Égypte (...) ne peuvent que signifier que les services de sécurité égyptiens sont en train de passer, après des années de harcèlement des médias indépendants, à leur élimination pure et simple », a déclaré Hossam Bahgat, directeur de l'ONG Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), selon l'AFP.
La décision de renvoyer Lina Attalah devant un tribunal intervient quelques semaines après l'arrestation très médiatisée de l'ensemble de la rédaction de la plateforme de fact‑checking Matsadaash. Ces journalistes sont poursuivis notamment pour diffusion de fausses informations, accusation fréquemment utilisée dans les procédures engagées contre des organes de presse jugés critiques à l'égard du pouvoir.
Les affaires en cours contre des journalistes en Égypte s'inscrivent, selon l'EIPR cité par l'article, dans un climat juridique et judiciaire marqué par des poursuites multiples : l'ONG recense 26 journalistes détenus en lien avec leur profession. Début octobre, les six journalistes de Matsadaash ont été inculpés pour terrorisme et diffusion de fausses informations, et sont accusés d'un lien avec les Frères musulmans, organisation interdite en Égypte, ce que les intéressés démentent, relève le texte.
Conséquences et réactions
La procédure contre la rédactrice en chef de Mada Masr suscite des réactions de la part d'organisations de défense des droits et de la presse. Elles dénoncent, selon l'AFP, une série de poursuites qui visent à restreindre l'activité des médias indépendants et estiment que l'accumulation d'affaires judiciaires contre les rédactions traduit une stratégie des autorités envers la presse critique.
- Interrogatoire : Lina Attalah a été entendue six heures par la sûreté de l'État, selon son avocat Mokhtar Mounir.
- Poursuites : renvoi devant un tribunal pour « exploitation d'un site internet sans licence » ; première audience prévue mardi.
- Contexte : incidents récents incluant l'arrestation de la rédaction de Matsadaash et le maintien, d'après l'EIPR, de 26 journalistes détenus en lien avec leur profession.
| Éléments | Chiffres/Statut |
|---|---|
| Affaires contre Lina Attalah et Mada Masr | Six affaires en six ans (selon Mada Masr) |
| Journalistes détenus liés à leur profession | 26 (compte de l'EIPR) |
La défense de Mada Masr souligne que la demande de licence du média serait en attente depuis 2023, et que le renvoi de la rédactrice en chef devant un tribunal intervient dans un contexte de procédures répétées. Les autorités, de leur côté, fondent les poursuites sur des accusations telles que l'exploitation d'un site sans licence ou la diffusion d'informations jugées fausses, motifs évoqués dans les actes judiciaires et les communiqués relayés par la presse.
Pour comprendre
La mise en cause d'un journaliste ou d'un média par la justice engage des procédures pénales ou administratives qui peuvent aboutir à un renvoi devant un tribunal. Les accusations portent souvent sur le respect des règles encadrant l'exercice de la presse (licences, diffamation, diffusion d'informations) ; l'indépendance de la justice et la protection des libertés publiques sont des éléments clefs appréciés par des observateurs et des organisations de défense des droits quand ces procédures concernent des médias critiques.